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BLOG YOGA et HYPNOSE PERINATAL

Textes : Gina Scarito

 MATRIARCAT

Au cours de mes recherches sur la maternité, je glane des mots peu usité ou mal compris. Des mots qui éclairent autrement l’histoire et le monde dans lequel nous baignons. Des mots qui nous permettent de regarder les choses autrement, qui peuvent nous donner des perspectives et des alternatives aux modes d’organisation familiale, économique, sociale que nous connaissons.

Toutes les informations que je rapporte ici sont issues de la recherche de Heide Goettner-Abendroth, philosophe allemande qui se consacre aux études sur les sociétés matriarcales et matrilinéaires.

Le mot matriarcat est de prime abord compris comme l’antonyme du patriarcat. Ce serait un système dans lequel la mère prendrait l’ascendant dans la sphère familiale et sociale. Or, il n’en est rien si on étudie la longue histoire de l’humanité.

Commençons par l’étymologie. Le terme grec « arkè » que l’on retrouve dans les deux mots veut à la fois dire « domination » et « début ». Ce sont deux significations bien distinctes. Matriarcat signifie mères depuis le début en référence au fait qu’elles sont à l’origine de la vie en donnant naissance mais aussi qu’elles initient la culture. Alors que le patriarcat s’est imposé par la domination faute de pouvoir revendiquer d’être à l’origine et signifie l’hégémonie des pères.

Ce n’est que depuis 3 à 4000 ans et plus tard dans d’autres parties du monde que le patriarcat s’est propagé et imposé. En quelques siècles de domination patriarcale, les récits historiques ont gommé des millénaires de civilisations matriarcales qui les ont précédé.

La caractéristique principale des sociétés matriarcales dont on retrouve des traces sur tous les continents c’est qu’elles ont égalitaires entre les sexes. Des sociétés dans lesquelles il n’y a pas de hiérarchie de genre où une personne est supérieure à l’autre, ni de métier supérieur, ni d’activité supérieure à une autre.

Dans son livre, Les Sociétés Matriarcales, Recherches sur les cultures autochtones à travers le monde, traduit en français en 2019, Heide Goettner, documente de manière très large et très fouillée, les différentes formes que prennent ces formes d’organisations sociales non patriarcales au travers de l’histoire et de par le monde.

Pour citer un exemple, les cultures matriarcales de l’Inde du Nord-Ouest ont joui d’une longue continuité jusqu’à l’arrivée d’envahisseurs patriarcaux et ont également profondément influencé l’Inde du Sud jusqu’à nos jours Les sites les plus célèbres qui témoignent de ces formes de civilisations sont Mohenjo-Daro et Harappa. Tout ce qui témoigne de cette culture pré-patriarcale est appelé dravidien. En Inde du Sud, les villes les plus importantes, Calcutta et Calicut, portent le nom de l’ancienne déesse Kali.

Dans la période de chaos que nous traversons et qui met en lumière les limites du système politique, social et économique dans lequel nous vivons et que les structures patriarcales qui les fondent sont remises en question lorsque nous envisageons de construire un monde plus égalitaire, nous pouvons trouver beaucoup d’inspiration dans ces civilisations qui nous ont précédé.

 Mansplainer, mansplaining, kesaco ?

En juin 1995, je m’inscris à un stage de chant indien avec le célèbre obstétricien Frédérick Leboyer. Je demande à l’organisatrice si je peux venir accompagnée de mon fils de 6 mois. Je suis très excitée à l’idée de rencontrer cet homme que j’admire d’avoir révolutionné les pratiques d’accueil du nouveau-né grâce à son livre, Pour une naissance sans violence, Je suis intriguée par sa connaissance de la culture et du chant indien. Bref, je suis super enthousiaste.
Nous sommes une petite dizaine de jeunes femmes installées sur des chaises en face de cet homme âgé et nous laissons nos bras s’envoler pour installer les 8 notes du raga indien sur des cordes à linges imaginaires.
Tout à coup, Mr Leboyer s’arrête et se tourne vers moi en désignant mon fils qui gazouille à mes pieds sur sa couverture. « Pourquoi posez-vous ce pauvre enfant sur le dos comme une tortue retournée sur sa carapace ? » Sa remarque, soudaine, devant toute l’assemblée, me blesse mais je réponds, du tac au tac, que c’est parce ce que cela lui convient manifestement. Il poursuit : « Et vous devriez lui retirer cette tétine de la bouche, c’est comme si vous lui donniez du coca cola ».
A partir de ce moment, chanter m’amuse beaucoup moins et je rumine ce qui vient de se dire. Mais pour qui il se prend ? Que sait-il des besoins de mon enfant qu’il ne connaît pas et duquel je prends soin jour et nuit.
La pause déjeuner couronne et conclut cette brève relation. Alors que nous déjeunons, Frédérick Leboyer discoure sur comment un accouchement doit se passer en faisant référence au film qu’il avait réalisé en Inde, Le sacre de la naissance. Une femme accomplie est capable d’accoucher seule, en chantant et sans douleur. Toutes les femmes autour de la table l’écoute religieusement. Une participante me demande alors comment moi je l’ai vécu. Je raconte en quelques mots mon accouchement à la maison 6 mois plus tôt. Une expérience magnifique mais extraordinairement douloureuse aussi. Frédérick Leboyer m’interromps et assène, que, moi, je ne comprendrais rien avant le 7ème enfant !
J’ai simplement clôturé l’échange avec lui en rétorquant qu’il était un homme et qu’il ne pouvait donc savoir ce que traverse une femme en accouchant. Les femmes présentes étaient choquées. Comment je pouvais m’adresser avec tant d‘arrogance à un médecin obstétricien qui avait autant d’expérience professionnelle et de légitimité intellectuelle ?
Simplement, j’étais une femme qui avait accouché grâce à ses propres ressources.
Au cours de cette première naissance, j’avais contacté une force que je ne me connaissais pas. Elle ne m’a jamais quittée.
Une conviction est née en même temps que mon premier fils :
les femmes doivent pouvoir accoucher comme elles le souhaitent dans un environnement sécure pour elles, avec qui elles le souhaitent, et ce, quel que soit leur choix.
Je n’ai pas toujours eu autant d’assurance et d’à propos - c’est même une exception dans mon parcours de vie. C’est la force extraordinaire que j’avais contactée lors de mon accouchement qui me donnait cette confiance et cette audace.
Je l’ai qualifié de donneur de leçon mais aujourd’hui, les féministes ont un mot précis pour cela, c’est mansplainer . Cela consiste pour un homme à expliquer à une femme quelque chose qu’elle sait déjà, voire quelque chose dont elle est experte, sur un ton paternaliste ou condescendant ou encore ce qu’elle doit ressentir ou faire ou ne pas faire de son corps.

Novembre 2020

 La maman de toutes les mamans

J’étais déjà maman de deux garçons de 6 et 3 ans et demie quand j’ai accouché de deux petites filles. Trois semaines après la naissance de nos jumelles, leur papa devait retourner travailler. Je me suis retrouvée seule le premier soir avec mes quatre petits, fatiguée et un peu perdue. Ce soir-là, comme tous les soirs, j’ai choisi un livre illustré pour lire l’histoire du soir à mes garçons. Ma main n’a pas choisi le livre par hasard. « Pétronille et ses 120 petits » de Claude Ponti - un auteur que je vous recommande - raconte l’histoire d’une maman souris qui a 120 petits. A la deuxième ou troisième page, Pétronille leur donne le biberon sur ses genoux ; un biberon avec cent vingt tétines. Leur papa, Everest, est parti au loin…Comme chez nous… Cela m’a d’entrée réconfortée. Pétronille a 120 petits ! J’étais vraiment une petite joueuse avec mes quatre enfants. Pendant que Pétronille va faire ses courses, le monstre Cafouillon va s’attaquer à elle et, ce monstre, a aspiré une partie de ses petits avec sa trompe. Petronille part en quête de ses enfants disparus. Elle rencontre beaucoup d’obstacles. Quand Pétronille est tout à fait perdue, « la Maman-de-Toutes-les-Mamans », une fée-souris qui apparaît dans le ciel, lui vient en aide en lui faisant un pont par-dessus l’océan avec une mèche de ses cheveux.
Etonnamment, la lecture de cette histoire et en particulier cette illustration de « la Maman-de-Toutes-les-Mamans » m’a mis du baume au cœur et m’a redonné du courage pour faire face à la situation. Grâce à Pétronille et à la fée qui l’avait sauvée, je me suis reliée à toutes les femmes avant moi qui ont mis au monde des enfants et qui en ont pris soin. J’y ai souvent pensé dans les semaines qui ont suivi et jusqu’à aujourd’hui lorsque je rencontre des difficultés avec mes grands enfants, je la convoque.

Depuis plus de vingt ans, j’organise des séances collectives de yoga prénatal et postnatal. Les futures-mamans apprécient énormément d’être au contact d’autres femmes qui traversent le même moment de vie. Elles peuvent partager avec elles leurs questionnements, découvrir qu’elles ne sont pas seules à ressentir certains maux, inconforts, difficultés. Elles se sentent entendues, comprises et peuvent créer des liens.

Lorsque je me suis formée à l’hypnose, je n’ai pas été étonnée que l’on propose aux futures-mamans et mamans d’aller à la rencontre de leur alliée intérieure ou symbolique.

Nous pouvons toutes prendre le temps de découvrir notre représentation de cette femme, idéale pour nous, qui a de l’expérience dans la maternité et qui nous relie à toutes les femmes qui nous ont précédé depuis des temps immémoriaux, qui ont mis au monde des enfants et nous ont transmis leur savoir-être et leur savoir-faire de maman.

En dehors des grossesses, chaque femme peut faire appel à sa guide intérieure.

A cette occasion vous découvrez également ce dont vous avez besoin. Quelles qualités, aptitudes aura votre alliée et les personnes dont vous allez vous entourer pour traverser la maternité ? A-t-elle une écoute enveloppante ? A-t-elle juste les mots qu’il faut pour vous réconforter ? Aimeriez-vous qu’elle mette la main sur votre épaule ou vous prenne dans ses bras ? Sent-elle bon ? Avez-vous juste besoin de sentir sa présence ?

Certaines femmes – pour des raisons qui leurs appartiennent - ne sont pas inspirées par une alliée qui soit une femme.
Pour l’une, le compagnon est la personne ressource.
Pour l’autre il s’agit d’un animal ou des animaux - comme par exemple les animaux de la forêt- ou d’une autre forme de la nature comme un arbre.

Autorisez-vous à vous connecter à ce qui vous inspire, ce dans quoi vous trouvez soutien et sécurité quand vous en avez besoin.

Bien sûr, il y a les femmes et les personnes sur lesquelles vous pouvez vous appuyer - pas seulement symboliquement - que ce soit dans votre entourage ou parmi les professionnel.le.s de la périnatalité (sages-femmes, kinésithérapeutes, doulas, ... ). Vous les choisirez d’autant mieux que vous serez alignée avec vos besoins et que vous puissiez demander et recevoir, deux aptitudes que nous n’avons pas toujours développées de façon optimum.

La RELAXATION et l’ HYPNOSE sont un des ingrédients du cours de yoga postnatal mais les séances sont avant tout faites de mouvements, de postures, d’attention à la respiration et au périnée pour une proposition globale en vue du bien-être et de la remise en forme des mamans dans la première année de leur bébé.
Depuis peu, à la demande des mamans, j’ai étendu les cours de yoga postnatal des premiers 6 mois à la première année du bébé. Le temps qu’il faut pour se remettre d’un accouchement - vaste question discutée - sera l’objet d’un autre article intitulé "9 mois pour faire, 9 mois pour défaire ?".

Juin 2020

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