Yoga Graciosa
C’est la détente qui nous libère

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Auteure : Gina Scarito

 Habiter le corps, habiter la posture, habiter l’environnement

Pratiquer le yoga du Cachemire, c’est aborder la posture dans une perspective d’exploration sans intention d’obtenir quoi que ce soit – souplesse, santé, apaisement, …. en fonction de l’imaginaire de chacun.e. Nous n’allons pas « faire » des postures. Lorsque nous enchaînons les postures et même si nous sommes attentifs au souffle, nous pratiquons une gymnastique plus ou moins intelligente mais nous passons à côté du rendez-vous avec ce que nous sommes profondément au-delà des conditionnements.
Avant d’habiter un asana, posture rituelle, vous vous installez sur votre tapis, les jambes croisées et vous sentez le corps dans l’instant. Vous laissez les zones de détente et de tension apparaître dans votre espace sans vous fixer aux unes ou aux autres, sans jugements. Vous sentez les points d’appui des pieds, des jambes, des fesses avec le tapis. Le sol peut vous apparaître plus ou moins dur ou accueillant d’un moment à l’autre.
Lorsque nous privilégions les sensations tactiles, nous sommes pleinement présents au corps et à l’environnement et le corps vivant, vibrant, ce qu’on appelle le corps d’énergie peut nous apparaître.
Les images sensorielles aident considérablement à rester présent, à habiter une posture juste et à accéder à la vibration subtile du corps.
… porter un chapeau haut de forme qui caresse le plafond…
… sentir une cascade d’eau chaude qui coule dans le dos...
…imaginer une flamme qui se dresse devant le coccyx et le sacrum…
… lorsqu’un bras se lève ou s’ouvre, imaginer d’immenses doigts (ou sentir la prolongation des doigts) qui caressent l’environnement ou touchent le mur ou le ciel…

 Le sens profond du pranayama

Lorsque nous habitons une posture de yoga, nous pouvons noter le va-et-vient du souffle.
Ce n’est pas nous qui respirons, il n’y a personne qui inspire et qui expire, cela se fait dans notre espace que nous soyons éveillé.e ou endormi.e. Nous pouvons noter 4 temps : l’inspiration, la suspension, l’expiration, le repos.
Dans la position assise en particulier, nous pouvons laisser le souffle devenir très vivant, nous pouvons devenir très conscient.e.s du souffle.
Assis.e les jambes croisées, imaginons que nous portons une large et longue jupe étalée autour de nous. Quand l’inspiration jaillit, notre jupe se gonfle et reste suspendue un instant, une longue expiration et puis le repos.
Nous prenons alors conscience que le souffle jaillit à l’inspir dans le ventre, la poitrine et monte jusqu’aux clavicules et la gorge. Ensuite, à l’expir, les clavicules s’effondrent, la poitrine s’effondre, le ventre rentre très souple vers le bas du dos.
C’est comme une vague qui va et qui vient. Au début il y a des arrêts et au fil des cycles, c’est une même vague qui monte et qui descend, comme une caresse sur la face avant du corps.

Vous êtes conscient.e de l’inspiration qui jaillit.
Vous êtes conscient.e du repos après l’inspiration.
Vous êtes conscient.e de l’expiration.
Vous êtes conscient.e du repos après l’expiration.

Comme une balançoire qui va et qui vient.
Si nous sommes dans l’écoute, nous allons découvrir que le quatrième temps, le repos après l’expiration, est en réalité un arrière-plan des trois autres temps. L’inspir, la suspension, l’expir se déploient sur cette toile de fond, ce silence, la Conscience.
La tranquillité se présente. Nous pouvons découvrir le sens sacré du pranayama.

 Kapālabhātî

A la fin de votre séance, consacrez quelques minutes - en fonction de votre disponibilité - au pranayama.
Dans l’assise détendue - la posture facile les jambes croisées, sukkhâsana, convient - la colonne vertébrale érigée sans effort, placer votre attention 2,3 centimètres sous le nombril. Expulsez sèchement l’air avec la sangle abdominale. C’est précis et sec, comme une poule qui picore un grain.
Commencez à un rythme très confortable pour vous. Le rythme qui vous permet de le faire quelques minutes sans fatigue. Dès que c’est chaotique ou que vous fatiguez ou que vous n’êtes plus présent, arrêtez-vous, prenez une longue inspiration, laissez s’écouler une longue expiration et sentez la vibration du corps et de la tête. Recommencez.
Si vous pratiquez régulièrement, le corps va tout prendre en charge. Après quelques temps, vous vous poserez sur le rythme.
Il y a une même intensité de la première expulsion à la dernière. On ne cherche pas la puissance mais la régularité.
Kapâlabhâti et bhastrikâ sont considérés comme de puissants exercices de purification. Nous reviendrons sur bhastrikâ.
Bien que pendant les premières années de pratique la localisation est très bas dans le ventre, c’est le diaphragme qui est touché et assoupli. La pratique intense de kapâlabhâti favorise une bonne digestion et décuple l’énergie.
Mais lorsque vous pratiquez, faites-le sans intention, pour le plaisir de sentir et d’être.

 La posture assise jambes croisées, attention aux habitudes !

Lorsque vous vous asseyez sur votre tapis et que vous croisez les jambes, faites-le sans violence pour vos articulations - chevilles, genoux, hanches.
Pour cela, croisez les jambes une première fois et écoutez les sensations. C’est la posture facile, en sanskrit, Sukhâsana.
Au bout de quelques minutes, arrondissez progressivement le bassin, le bas du dos, les dorsales et allongez lentement les jambes. Laissez toute la densité des jambes se déposer au sol sur les points de contacts. Pour cela, laissez vos talons, vos mollets, vos cuisses, vos fesses découvrir le sol.
Ensuite, vous replierez les jambes lentement, avec douceur, de façon à ne pas créer de densité musculaire et de n’ajouter aucune tension articulaire. Le bassin bascule vers l’avant et le buste se redresse.

Observez que vous ramenez toujours la même jambe en premier lieu vers vous

A nouveau, arrondissez le bassin, le dos, vertèbre par vertèbre. Après avoir allongé les jambes et avoir exploré le contact, changez le sens dans lequel vous croisez les jambes et constatez. Il est fort probable que vous sentiez une résistance dans une hanche, un manque d’ouverture dans cette hanche. Bien sentir !
En gardant le dos rond, penchez-vous vers l’avant, posez les paumes des mains au sol et laissez faire les sensations. Portez votre attention sur le souffle. De longues expirations et de longues inspirations. Penchez -vous assez pour sentir l’ouverture mais ne descendez pas trop bas pour ne pas créer trop de tensions.
Revenez ensuite vers la verticalité.
Chaque jour, pensez à inverser une fois ou l’autre la position de vos jambes dans Sukhâsana. Cela rétablira un équilibre entre vos deux hanches. La position assise deviendra de plus en plus aisée et votre bassin retrouvera toute sa mobilité, prémices à l’érection du tronc pour qu’un puissant flux d’énergie puisse monter le long de la colonne vertébrale.

 Où est-elle, où est-il dans mon corps ?

Quoi ? La Vie, le Souffle, l’Energie ?
Il est partout, dehors et dedans. Il n’a pas de limite, il est comme le ciel. Lorsque tu respires, c’est comme si tu avalais un peu de ciel. Lorsque tu respires, tu prends un peu de divin en toi. La Vie se promène en toi. Respirer c’est comme une prière. Tout doucement, en gonflant le ventre, quand tu inspires, en laissant le corps bouger avec le souffle, doux et souple. Et quand tu expires, c’est comme si la Vie était venue te visiter. En expirant doucement et profondément, tu peux faire des milliers de prières par jour et voyager dans ton corps qui est le paradis. C’est pour cela que la Vie n’arrête pas de venir le visiter. Plus ta respiration sera longue et douce, plus les choses qui t’entourent seront vivantes. Parfois, tu auras l’impression que ton corps est très grand, qu’il s’étend comme dans un conte de fées. C’est comme s’il partait à la rencontre d’un ami. Il peut aller vers les gens et vers les choses. Il peut aller vers une tartine et un bol de chocolat, dans l’air lorsqu’il marche dans la rue, dans l’eau de la mer ou du bain, et partout où il va il transporte avec lui un peu de Dieu.
Ce petit texte est librement inspiré d’un extrait du livre "Le grand sommeil des éveillés". de Daniel Odier, enseignant de yoga du Cachemire français.

 Des épaules détendues

Avant de pratiquer les mouvements, les asanas ou bien au cours de votre journée, prenez le temps de sentir vos épaules.
Très souvent, celles-ci semblent "collées" au tronc.
Il est très agréable et efficace d’évoquer de l’eau chaude qui coule le long des épaules.
Nous pouvons aussi faire quelques mouvements très doux comme rouler les épaules en laissant pendre les bras et sentir comme des grains de sable dans les articulations qui se dissolvent petit à petit au fur et à mesure des rotations - vers l’avant, vers l’arrière, toujours très lentement.
Ou bien - comme sur la photo - placer un avant-bras parallèle au tapis, le coude proche du corps, la main, les doigts pendent et monter l’épaule vers le ciel sans éloigner le coude du corps. La tête reste bien dans l’axe de la colonne vertébrale. Rester un ou deux cycles de respiration puis redescendre lentement sans déposer l’avant-bras. Recommencez deux fois puis déposer le bras et la main. Sentir les réactions et la différence côté droit / côté gauche. Faire la même chose de l’autre côté.
Si vous en avez le temps, faites le mouvement avec les deux épaules, toujours avec les coudes collés au corps.
Durant tous ces mouvements la respiration reste fluide. Il nous arrive de bloquer le souffle quand nous faisons un mouvement avec attention. Quand vous vous en apercevez, expirez longuement et observez le corps qui inspire.
Que vous ayez les jambes croisées au sol ou que vous soyez assis.e sur une chaise les deux pieds bien à plat, sans être adossé.e, basculez légèrement le bassin et montez un peu le sternum. Vos épaules sont à présent détachées du tronc. Vous pouvez sentir de l’espace dans l’articulation.
Si la posture qui suit nécessite que vous montiez les bras, maintenez la détente des épaules.
Cette douceur à l’égard de nos épaules va libérer la nuque et le haut du dos, les traits du visage se lisser.
Gageons que ce genre de pratique puisse protéger nos épaules des calcifications de plus en plus fréquentes. Bien que les problèmes articulaires soient multifactoriels - alimentaires, génétiques ... - toutes les sources de stress, les positions assises prolongées devant les écrans, la manipulation des souris en sont les principales causes.
Si, de plus, nous pratiquons des sports ou le yoga sans ménagement nous ajouterons des tensions inutiles.

 Le tapis, la vie quotidienne dans un flux continu

Lorsque vous pratiquez régulièrement, votre pratique se transpose dans votre quotidien. Les signes sont subtils au début de la pratique et de plus en plus évidents quand elle s’approfondit.
Notre attention s’affine. Nous savourons toujours un peu plus notre vie telle quelle est.
Nous pouvons nous exercer sur notre tapis et en dehors de notre tapis. Il n’y a pas de séparation. Le tapis est l’espace rituel, il est le lieu d’expérimentation. Notre vie est le vrai terrain de jeu.
Si vous fermez les yeux, assis calmement sur votre tapis ou sur une chaise, vous pouvez percevoir votre corps comme une masse de vibrations et le monde autour de vous est le prolongement de ce corps. Pas de séparation dans le ressenti. C’est chaud, c’est froid, frémissement, gargouillis, tensions, détente, dedans et dehors. Tout n’est que conscience d’être d’instant en instant. C’est là en nous et autour de nous et cela englobe tout. Dans cette présence, ce présent, il n’y a pas de passé, pas de futur.
La tranquillité est là et c’est très bon.
Il n’est pas nécessaire d’être dans des conditions particulières ni d’avoir beaucoup de temps devant soi. Nous pouvons revenir simplement au réel, à ce que nous sommes vraiment. Cela ne doit pas demander d’effort. Au contraire, c’est un total abandon, le relâchement qui nous en rapproche.
A chaque fois que possible...
"Rien n’est perdu dans ce flux infini de la Vie que tu Es.
Dans ce flux infini de conscience.
Dans ce mystère absolu du rien qui contient tout, ce rien de la conscience contenant le tout apparent de matière.
Tu es ce silence,
cette lumière,
cette paix,
cet amour,
cette joie sans objet,
sans contraire,
immuable,
permanente.
(...)
Alors tu découvres
cette souveraineté absolue
qui jamais ne t’a échappé,
car elle est l’étoffe même de ce que tu es.
Pas seulement l’étoffe de tes rêves.
L’étoffe même de ce que tu es,
Bien réellement. "
Rodolphe Massé, Le livre du silence, Editions Accarias/L’Originel, 2013

 Ne pas se détendre...

Ne pratiquez pas le yoga pour vous détendre. Ne faites aucun effort pour vous détendre que ce soit sur votre tapis ou dans votre vie de tous les jours.
Vous êtes peut-être intrigués par ces injonctions paradoxales d’autant plus que sur notre site web nous annonçons que "C’est la détente qui nous libère" !
De même que nous ne pouvons pas nous endormir sur commande, de même nous ne pouvons pas nous détendre profondément par la volonté.
Vouloir se détendre ou détendre son corps est une violence que l’on se fait. Nous voulons encore être différent de ce que nous sommes, nous voulons que la réalité soit autre que ce qu’elle est.
Lorsque vous vous installez sur votre tapis, vous sentez des zones détendues et des zones tendues. Si vous cherchez intentionnellement à détendre les tensions vous constaterez que, soit ces tensions reviennent très vite, soit qu’elles ont créé des compensations dans d’autres parties de corps.
Vous pouvez simplement écouter, sentir la détente et, dans le même temps, sentir la ou les tensions. Vous constatez et accueillez ce qui est là sans analyser, sans préférer quoi que ce soit. La partie de vous qui peut voir, sentir la tension, est forcément en-dehors d’elle et cette part de vous est détendue, tranquille, neutre. C’est dans cet espace qui se présente que la détente peut s’épanouir. Vous ne l’avez pas cherchée. C’est elle qui vous a trouvé. En réalité, elle était toujours là. Elle vous attendait.
De même, lorsqu’une partie de votre corps souffre, si vous êtes complètement identifié à elle, vous souffrez aussi, l’ensemble de votre être est impliqué, collé à la douleur. Mais si vous pouvez constatez que la tension est dans telle ou telle partie du corps, vous pouvez rester détendu.e psychologiquement.
Pour en faire l’expérience facilement, serrez votre poing, sentez à quel point il est tendu ainsi que tout le bras peut-être, mais malgré cela, vous êtes détendu psychologiquement et les autres parties de votre corps peuvent rester relâchées.
Donc, ne faites aucun effort pour vous détendre. Vous allez faire des économies d’énergie. Et cette énergie va rester disponible pour quand vous en aurez besoin.
Installez-vous sur votre tapis, pratiquez gratuitement, pour rien, pour le plaisir et la détente se présentera peut-être comme la cerise sur le gâteau, comme une grâce.

 Le chien tête en bas

Ado Mukha Svanasana
A partir de la position à 4 pattes, retourner les orteils, creuser le bas du dos et détendre le ventre, amener le bassin vers l’arrière, à mi-chemin vers les pieds. Elargir les épaules, les doigts sont écartés et toniques, les majeurs sont orientés droit devant et parallèles entre eux. La poitrine (le sternum) monte, avance alors que les épaules reculent.
Décoller les genoux et lentement amener le bassin vers l’arrière.
Les talons se dirigent vers le sol ou se posent au sol. Les jambes restent légèrement fléchies pour pouvoir amener ou garder le bassin en arrière (dès que les jambes sont tendues, il est difficile de mobiliser le bassin).
Imaginez que quelqu’un.e de bienveillant.e vous tire et vous maintient le bassin en arrière.
Détendre le ventre et sentez votre nombril qui s’éloigne du pubis et monte vers la poitrine.
La poitrine monte et s’ouvre, les épaules s’élargissent.
Votre coeur organe et votre coeur symbolique sont légers dans la posture.
Eventuellement, dessiner des petits cercles lentement avec le bassin tout en le maintenant en arrière. Dans un sens et dans l’autre.
Puis amener à nouveau le bassin en arrière et les talons vers le sol ou au sol.
Sentez bien les différentes lignes de corps et d’énergie dans la posture.
La respiration reste fluide. Le souffle habite la posture et voyage dans les parties du corps qui en ont le plus besoin.
Vivez dans la posture aussi longtemps que vous sentez qu’elle se déploie.

 Les lignes d’énergie et la verticalité

Dans toutes les postures de yoga, si on évoque la structure physique du corps, c’est la libération de la colonne vertébrale qui est visée. La position et les mouvements des bras et des jambes sont anecdotiques.
Certains mouvements de mobilisation du bassin - que ce soit en position assise ou debout - amènent la colonne vertébrale à onduler et à se redresser.
Nous pouvons aussi, avant d’initier un quelconque mouvement, évoquer une ligne vivante du pubis à la gorge. Sentir cette ligne ou la visualiser, ou bien imaginer comme une caresse qui monte du pubis vers le nombril, vers le sternum, vers la gorge. On peut s’y reprendre à plusieurs fois pour que la ligne devienne bien présente.
Nous pourrons alors sentir que notre dos est venu habiter cette ligne sur la face avant du corps. le dos est resté passif et la colonne vertébrale s’est allongée.
On pourrait également, de façon plus subtile, évoquer une flamme derrière le pubis ou la tige d’une fleur qui prendrait racine sur le périnée devant la colonne vertébrale. La fleur s’épanouit au sommet du crâne.
Ou encore, imaginer un bel arbre, un ou deux mettre devant soi, et embrasser l’arbre avec le bas-ventre, la poitrine, les lèvres. Laisser l’arbre s’envoler et observer la réaction.
Sans aucune volition, le corps vient habiter les images et les lignes et c’est le corps subtil qui s’exprime et s’épanouit dans la pratique et dans toutes les positions.
Cette manière d’aborder les postures permet de garder le dos détendu ou de ne pas rajouter de tensions à celles déjà présentes

 Honorer ce qui va bien dans nos corps et dans nos vies

Il y a une quinzaine d’années, je demandais à un maître de yoga comment aider mes élèves qui avaient le bassin peu mobile et qui étaient limités et en difficulté dans beaucoup de postures de yoga.
Il me répondit de regarder ce qui était mobile et abouti chez eux, dans leur corps.
La justesse et la beauté de sa réponse résonnent encore en moi.

 Le silence

Lorsque l’on parle de yoga ou de méditation, il existe une méprise fréquente à propos du silence intérieur. Celui-ci serait un but à atteindre et de nombreux pratiquants le poursuivent en vain ou abandonnent leur pratique faute d’y parvenir.
Lorsque nous nous asseyons sur notre tapis, nous laissons notre corps se présenter. Nous ne pouvons à la fois sentir et penser. Faites-en l’expérience. Dès que nous laissons les sensations corporelles apparaître, ce senti prend toute la place et le silence émerge. Ce silence n’est pas absence de bruit mais présence. Dans ce silence et dans cette présence, nous pouvons laisser le monde alentour se présenter. Si c’est au petit matin - le jardin, la ville, la maison - s’éveillent en nous. En restant tranquille, en écoutant le souffle, en rendant le corps disponible par des mouvements lents et les postures rituelles du yoga, nous nous préparons à recevoir le silence. Un silence qui n’est pas mutisme ou repli sur soi. Il est plein, ouvert, attentif à l’essentiel.
Il monte en nous ou s’approfondit, nous entoure et nous dépasse, il est vivant et sans limite. Les pensées émergent et se fondent en lui.
Il nous accompagne tout au long du jour, dans nos activités.
Le silence ne peut se chercher, ne peut se trouver, il se présente comme une grâce, il descend sur nous comme la brume ou comme l’obscurité descendent sur un jardin.
Les mystiques parlent parfois d’un son intérieur, une résonance intérieure.
"Ce bourdonnement ininterrompu accompagne toujours une grande paix du coeur que, loin de troubler, il ne fait qu’accroître." Lilian Silburn

 Eloge de la paresse

Le yoga du Cachemire pourrait s’appeler aussi le yoga des paresseuses et des paresseux. Lorsque vous laissez se déployer un geste pour habiter une posture, n’allez pas au maximum de vos possibilités. Par exemple, imaginez que vous êtes assis.e en tailleur et que vous levez et ouvrez un bras, l’épaule reste basse et vous reculez le bras (levé et ouvert) avant de sentir l’omoplate, le haut du dos reste large et ouvert. Au retour, écoutez la sensation. Sentez la détente et l’énergie qui se déploie. C’est palpable. Ce sera probablement de la fraîcheur qui sera au rendez-vous.
Si au contraire - faites l’expérience sur votre tapis - vous reculez le bras (toujours levé à hauteur de l’épaule et ouvert) jusqu’à sentir l’omoplate se rapprocher de la colonne vertébrale, des muscles des trapèzes vont probablement se crisper, les pectoraux être trop étirés. Au retour, il se pourrait que vous sentiez surtout la structure physique et peut-être une chaleur se dégager. L’énergie est bloquée. Vous en avez trop fait.
Dans la pratique du yoga, comme dans la vie, laissez-vous de la marge. Si votre agenda de la semaine qui vient est complet, au moindre imprévu, vous serez débordés. Si vous y laissez des plages vides, vous pourrez y faire face.
Prévoyez des moments pour pratiquer le yoga... des paresseuses et des paresseux. C’est un rendez-vous avec vous-même, non négociable. Si vous le prévoyez, si vous vous visualisez prenant plaisir à sentir votre corps vivant en mouvement, cela vous semblera facile.
La volonté ne nous aide pas. Laissez vous guider par votre imagination, par la meilleure version de vous-même. Vous êtes déjà Cela !
Nous ne développerons pas cette idée ici mais Emile Coué dès le 19ème siècle démontrait la puissance de l’imagination. "Chaque fois qu’il y a conflit entre l’imagination et la volonté, c’est la première qui l’emporte."

 Le sourire intérieur

A la fin de votre séance ou à n’importe quel moment de la journée, quand vous avez besoin de vous ressourcer, de retrouver sérénité et détente ou encore la nuit si vous peinez à vous rendormir...
Prenez conscience du va-et-vient de votre respiration.
A l’inspir, sentez que votre corps inspir.
A l’expir, souriez intérieurement.
Accompagnez votre souffle une dizaine de cycles et laissez ce sourire se déployez à chacune de vos expirations.
Il est probable qu’il se dessine sur vos lèvres. Au fil des expirations, un espace s’ouvre dans votre poitrine, comme un immense sourire. Laissez faire et sentez la réaction.
Je vous livre cette méditation de mémoire. Je l’ai lue dans un livre de Thich Nhat Hanh, moine bouddhiste vietnamien installé depuis des décennies dans le Sud de La France où il a créé le village des pruniers.
Pour ma part, je reviens d’une retraite à l’Abbaye d’Orval, lieu de silence et de beauté.
Ci-dessous, une photo du jardin de pierre, inspiré du Japon où un moine a fait un séjour il y a 20 ans.
Le frère Bernard Joseph est aussi féru de poésie et m’a fait découvrir le poète Guillevic dont je vous livre un poème qui prolonge notre sourire.

Ne crains pas de sourire
A la clarté du jour
Comme au noir de la nuit
Et même au gris du crépuscule.

Tu n’empêcheras pas, peut-être,
La taupe de creuser des couloirs dans tes heures.

Mais tu auras souri, ton corps le sait,
Et d’y penser parfois, lorsque tu sens la taupe
Mettre du vide sur le vide,

Comme tu seras digne du sourire.

Terre à bonheur, 1951

 Nos pieds

Le yoga se pratique les pieds nus.
Lorsque nous nous mettons debout, les pieds s’ancrent d’eux-mêmes. Alors que les pieds s’enracinent, le haut du corps s’allège, devient transparent et l’on peut percevoir le corps énergie, vibrant et lumineux. Nous nous relions à la terre pour y puiser l’énergie tellurique comme un arbre bien enraciné. Le haut du corps se nourrit aux forces célestes comme les branches de l’arbre qui se déploient vers le ciel et la lumière. Nous n’avons rien à faire pour cela, si ce n’est nous lever - les pieds éveillés, vifs et souples - conscients de notre majesté.
De par la qualité de présence de nos pieds, porté.e.s par la terre, l’impulsion se propage en une onde joyeuse jusqu’au sommet du crâne. Nous y puisons une confiance dans nos racines qui nous poussent à nous élever et toutes les postures debout en seront vivifiées durant notre pratique.
Après la séance, nous allons d’un pas sûr et confiant.
Laissons résonner ce poème de Rainer Maria Rilke

"Qu’il est doux parfois d’être de ton avis,
frère aîné, ô mon corps,
qu’il est doux d’être fort,
de ta force,
de te sentir feuille, tige, écorce
et tout ce que tu peux devenir encor,
toi, si près de l’esprit.

Toi, si franc, si uni
dans ta joie manifeste
d’être cet arbre de gestes
qui, un instant, ralentit
les allures célestes
pour y placer sa vie."

 Tadasana, la posture de la montagne

Se tenir debout, tranquille, solide comme une montagne.
Nous explorons le contact des pieds avec le sol.
Les pieds peuvent être joints pour explorer de façon plus fine les articulations des chevilles, des genoux, des hanches ou bien les pieds sont écartés de la largeur du bassin pour plus de facilité. Dans la pratique du yoga du Cachemire, nous ne repoussons pas le sol pour nous ancrer et nous élever. Nous ne cherchons pas à nous sécuriser. Nous laissons le sol se présenter dans toute sa sensibilité - tendre ou dur, chaud ou frais - et ces sensations sont différentes sous le talon ou les orteils ou sous chacun de nos pieds. Notre énergie pénètre le sol alors que dans le même temps nous sommes pénétrés par l’énergie du sol.
Dans la posture debout nous pouvons explorer la mobilité du bassin beaucoup plus facilement que dans la posture assise.
La poitrine est ouverte sans arrogance.
Le regard se pose sur la ligne d’horizon, au loin et nous assure un beau port de tête.
Les bras sont anecdotiques dans cette position. Ils peuvent se lever. On veillera alors à garder les épaules détendues. J’ai une préférence pour la position les bras légèrement ouverts paumes des mains vers le ciel dans un geste réceptif. Lorsque les bras sont alignés avec les flancs, c’est la verticalité qui est accentuée.
Le souffle circule librement.
Le mental peut être assailli de pensées ou de perceptions diverses, nous restons là, nous testons notre capacité à rester debout et tranquille.

Cette posture renforce et dynamise tout le corps, elle augmente la confiance en soi et développe la concentration.
Le coccyx vers la terre et le sommet du crâne vers le ciel, la colonne vertébrale est longue et toutes les fonctions vitales sont améliorées, respiration, digestion, élimination.

Nous pouvons nous inspirer de la grandeur des montagnes symboles de l’élan vers la transcendance, lieu de rencontre du ciel et de la terre. La montagne peut symboliser l’ascension vers le but que l’on veut atteindre. Pour les hindous, le mont Kailash est le séjour de Shiva, seigneur du yoga. Les peuples des déserts et des plaines où l’on ne trouve pas de montagnes, comme en Egypte, ont essayé de s’élever en construisant des pyramides. Au sommet de la montagne ou de la pyramide, le panorama est plus vaste. Chaque chose diminue jusqu’à sa taille véritable tout en perdant son importance exagérée. La montagne ne bouge jamais ; elle semble se tenir là, solide pour toujours. Les pensées qui élèvent l’esprit surgissent à l’horizon comme sortant de nulle part et amènent l’individu au somment de sa montagne intérieure.
De larges extraits de ce texte est emprunté au livre "Hatha Yoga, langage caché" de Swami Sivananda Radha

Et pour terminer, une petite devinette :
Comment déplace-t-on une montagne ?
Question et réponse utiles lorsque vous vous demandez comment vous allez réussir une tâche ou traverser une difficulté qui vous semble insurmontable.
* réponse ci-dessous

* Pour déplacer une montagne, on déplace un caillou à la fois.
Pour réaliser une tâche difficile, fractionnons-là en autant de petites actions à réaliser et faisons une chose à la fois...

 LA VIBRATION, spanda

Lorsque nous revenons d’une posture de yoga, nous écoutons les réactions dans le corps et nous pouvons sentir une résonance, l’énergie qui a été éveillée sous forme de frémissements, de lumière, d’ondes. En sanskrit, la vibration se dit "spanda". Celle-ci peut aussi bien faire référence à une sensation corporelle, au son, à la lumière qu’à la vibration cosmique. "* Spand- signifie frémir, trembler, palpiter, frissonner et battre en parlant du coeur. Et Sphur- a les mêmes significations à la différence qu’au mouvement cette racine associe lumière et bondissement ou jaillissement, ce qui conduit au sens de scintiller, étinceler, briller, miroiter, fulgurer, se manifester ou même éclater". Ces sensations qui nous parcourent suite à notre pratique des asanas (postures rituelles) et des pranayamas, ces pulsations à la frontière du mouvement et de l’immobilité nous mettent en résonance avec le tout.
La vibration a une importance fondamentale dans le Shivaïsme du Cachemire. C’est le thème central des textes de cette tradition datant certains du 9ème Siècle de notre ère comme le texte du sage Vasagupta qui a écrit le Spandakarika.
Les intuitions de ces auteurs rejoignent les conclusions de la physique quantique du 20 ème siècle. Albert Einstein a écrit :
"L’être humain est partie d’un tout que nous appelons l’univers, une partie qui a ses limites dans le temps et l’espace. Nous faisons l’expérience de nous-mêmes, avec nos pensées, nos sentiments, nos perceptions, comme si nous étions une entité distincte et séparée du reste. Mais ceci est une illusion d’optique de la conscience et cette illusion devient notre prison. Nous construisons une réalité dans laquelle nous n’incluons, par le biais de nos perceptions, nos désirs et sentiments, que nous-mêmes, les êtres et les lieux qui nous sont proches. Notre tâche d’être humain est de nous libérer de cette prison et d’élargir notre cercle à l’infini pour y inclure, dans l’amour et la compassion, tous les êtres, la nature et l’univers dans toute sa beauté. La vraie valeur d’un être humain se mesure à la capacité qu’il a à se libérer de ses limites et à vivre la totalité, la valeur infinie, illimitée de l’Être. Si l’humanité veut survivre, une manière radicalement nouvelle d’être et de penser est nécessaire."

En nous installant sur notre tapis, nous nous connectons à notre corps, à nos sensations, à nos émotions, à l’environnement, au sol, à l’espace autour de nous. Lorsque nous pratiquons avec ferveur, la tranquillité nous apparaît et celle-ci n’est pas vide mais Vie, vibration, conscience, harmonie avec le Tout. Dehors et dedans n’ont plus de sens, il n’y a plus de séparation. De même que l’arbre est parcouru par la sève, nous sommes parcouru.e.s par le souffle.

Je vous souhaite une ardente et vibrante pratique !

* Lilian Silburn traductrice du Spandakarika

 Ardha Chandrasana ou la demi-lune simple

Ce 22 avril 2018 nous pouvons observer le premier quartier de lune. Savez-vous comment reconnaître le premier ou le dernier croissant dans notre hémisphère Nord ?
Si vous pouvez deviner un p avec le croissant comme c’est le cas ce soir, c’est le premier quartier. Si vous pouvez dessiner un d, c’est le dernier...

Il y a plusieurs postures de la demi-lune dans le yoga.
Préparons-nous à pratiquer la plus simple au départ de la position debout, les pieds parallèles à l’écart du bassin.
Laissez vos plantes des pieds découvrir le sol.
Vérifiez la détente de votre périnée.
Evoquez votre bassin comme une large et profonde bassine pleine d’eau. Laissez cette bassine se placer juste au-dessus des pieds et veillez à ce que l’eau ne puisse se renverser. A cette seule évocation, votre bassin s’ajuste et se place à l’horizontale du sol. Peut-être que vous ressentirez le besoin de fléchir légèrement les genoux pour mobiliser votre bassin.
Placez la paume de votre main gauche contre la partie externe de votre cuisse. Levez le bras droit vers le ciel, la paume de la main droite s’oriente vers l’épaule gauche, les doigts sont longs, vivants.
Détendez l’épaule droite.
Caressez la cuisse gauche avec la main gauche en descendant vers le genou. Le buste se penche de côté. N’allez pas trop loin. Gardez les deux flancs longs et le bassin de face, la tête reste dans le prolongement de la colonne vertébrale, l’oreille gauche ne tombe pas sur l’épaule.
Restez quelques cycles de respiration. Ressentir l’espace créé dans la cage thoracique droite.
Revenir.
Avant d’exécuter le mouvement et la posture de l’autre côté, revenez à la sensibilité des pieds et ajustez votre bassin.

Si cela vous aide, regardez cette courte video d’un professeur de yoga qui exécute le mouvement du haut du corps et la posture avec beaucoup de simplicité. Dans la video ce yogi a positionné les pieds écartés plus que la largeur du bassin.
https://www.youtube.com/watch?v=1lWhjKT7fR0

 Notre corps, l’arbre et le Vivant

Assis ou debout - dans une assise ou une station debout consciente, vivante, au contact avec le sol du moment.
Evoquez votre arbre préféré deux ou trois mètres devant vous. Embrassez, enlacez l’arbre avec tout votre corps.
Sentez la réaction.
Evoquez à présent, le même arbre deux ou trois mètres derrière vous. Laissez tout l’arrière du corps épouser l’arbre.
Sentir.
L’expérience de la verticalité est la même pour nous et pour l’arbre.

Nous sommes intimement liés à tout ce qui est vivant, le monde végétal mais aussi le monde animal et même le minéral.

Nous pouvons le ressentir intimement, intensément dans notre pratique.

Seuls les poètes touchent à cet indicible avec les mots.

"L’herbe nous ressemble : elle pousse partout. Entre les pavés des capitales aussi bien que le long des talus. Et notre mémoire aussi est comme une grande prairie, où l’herbe doucement se relève sur nos sentiers. Ainsi l’herbe nous ressemble parce qu’elle se renouvelle, tout en restant l’herbe de toujours. (...) Le vent l’aime, il la fait courir, comme court les mots dans nos têtes puis sur une page, quand on se laisse emporter au souffle variable des jours. "

Jacques Réda

 LA BEAUTE DE LA VIE EST A CHAQUE INSTANT

Vivre l’instant présent est un concept développé dans toutes les traditions philosophiques et spirituelles et relayé depuis quelques décennies par tous les courants du "new age", le yoga ne faisant pas exception.
Malheureusement, comme tout ce qui rabâché, les mots peuvent être vidés de leur sens.

Seule l’expérience, le vécu intime peut nous faire goûter l’éternel présent.

Nous pourrions citer autant des philosophes grecs présocratique comme Parménide que des écrivains du 20 ème Siècle comme Camus dans son recueil d’essais "Noces".
Parménide : « l’Être est, le non-Être n’est pas. L’Être est incréé, impérissable, immobile et éternel. On ne peut dire qu’il a été ou qu’il sera, puisqu’il est à la fois tout entier dans l’instant présent, un, continu. »
Camus énonce que les deux seules choses qui nous sont données sont le corps et le présent et que les refuser serait refuser de vivre.

Lorsque nous nous installons sur notre tapis - même si le temps de l’horloge nous est compté - entrons dans un "non-temps". D’instant en instant, laissons le corps, les sensations, le souffle se déployer librement. Si nous pouvons accueillir ce qui est là sans jugements, sans calculs, il n’y a plus de corps. Seule reste la vibration, l’intensité de l’instant, ce qui est au-delà, « l’image mobile de l’immobile Éternité » selon la formule de Platon.

Pour ma part, j’ai le souvenir encore ému et amusé de la première fois que j’ai goûté - au propre comme au figuré - à l’évidence de savourer le présent.
Il y a presque 30 ans déjà, je faisais une retraite de méditation de 10 jours en silence en Thaïlande. Dans l’après-midi, nous avions une pratique de chants en pali avec un moine à la mine joviale.
En guise d’introduction, d’un air blagueur, il sorti de son sac en toile une banane tachée, trop mûre et nous demanda ce que cela représentait pour nous. Nous étions contraints au silence et obligés de le laisser faire les questions et les réponses.
Il nous dit : "C’est le passé".
Il sorti une banane verte de son sac : "Voici le futur".
Il prenait tout son temps, hilare.
Il sorti enfin une superbe banane juste à point.
Il l’éplucha nonchalamment, en pris une bouchée et la mâcha longuement.
"Ceci est le présent".

C’était simple, efficace et gentiment cruel puisque nous devions attendre le lendemain 8H00 pour notre prochain repas.

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