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Mansplaining


Gina Scarito - 13 juillet 2021 - 0 comments

En juin 1995, je m’inscris à un stage de chant indien avec le célèbre obstétricien Frédérick Leboyer. Je demande à l’organisatrice si je peux venir accompagnée de mon fils de 6 mois. Je suis très excitée à l’idée de rencontrer cet homme que j’admire d’avoir révolutionné les pratiques d’accueil du nouveau-né grâce à son livre “Pour une naissance sans violence”. Je suis intriguée par sa connaissance de la culture et du chant indien. Bref, je suis super enthousiaste.

La douche froide

Nous sommes une petite dizaine de jeunes femmes installées sur des chaises en face de cet homme âgé et nous laissons nos bras s’envoler pour installer les 8 notes du raga indien sur des cordes à linge imaginaires.

Tout à coup, Monsieur Leboyer s’arrête et se tourne vers moi en désignant mon fils qui gazouille à mes pieds sur sa couverture. « Pourquoi posez-vous ce pauvre enfant sur le dos comme une tortue retournée sur sa carapace ? ». Sa remarque, soudaine, devant toute l’assemblée, me blesse mais je réponds, du tac au tac, que c’est parce ce que cela lui convient. Mon bébé est effectivement calme et souriant. Il poursuit : « Et vous devriez lui retirer cette tétine de la bouche, c’est comme si vous lui donniez du coca cola ».

A partir de ce moment, chanter m’amuse beaucoup moins et je rumine ce qui vient de se dire. Mais pour qui il se prend ? Que sait-il des besoins de mon enfant qu’il ne connaît pas et duquel je prends soin jour et nuit.

Savoir à notre place

La pause déjeuner couronne et conclut cette brève relation. Alors que nous déjeunons, Frédérick Leboyer discourt sur comment un accouchement doit se passer en faisant référence au film qu’il a réalisé en Inde: “Le sacre de la naissance”. Une femme accomplie est capable d’accoucher seule, en chantant et sans douleur. Toutes les femmes autour de la table l’écoutent religieusement. Une participante me demande alors comment moi je l’ai vécu. Je raconte en quelques mots mon accouchement à la maison 6 mois plus tôt. Une expérience magnifique mais extraordinairement douloureuse aussi. Frédérick Leboyer m’interrompt et assène, que, moi, je ne comprendrais rien avant le 7ème enfant !

J’ai simplement clôturé l’échange avec lui en rétorquant qu’il était un homme et qu’il ne pouvait donc savoir ce que traverse une femme en accouchant. Les femmes présentes étaient choquées. Comment pouvais-je m’adresser avec tant d‘arrogance à un médecin obstétricien qui avait autant d’expérience professionnelle et de légitimité intellectuelle ?

La puissance des mères

Simplement, j’étais une femme qui avait accouché grâce à ses propres ressources.

Au cours de cette première naissance, j’avais contacté une force que je ne me connaissais pas. Et elle ne m’a jamais quittée.

Une conviction est née en même temps que mon premier fils : les femmes doivent pouvoir accoucher comme elles le souhaitent dans un environnement sécure pour elles, avec qui elles le souhaitent, et ce, quel que soit leur choix.

Je n’ai pas toujours eu autant d’assurance et d’à propos – c’est même une exception dans mon parcours de vie. C’est la force extraordinaire que j’avais contactée lors de mon accouchement qui me donnait cette confiance et cette audace.

Mainsplainer

Je l’ai qualifié de donneur de leçon mais aujourd’hui, les féministes ont un mot précis pour cela, c’est “mansplainer” . Cela consiste pour un homme à expliquer à une femme quelque chose qu’elle sait déjà, voire quelque chose dont elle est experte sur un ton paternaliste ou condescendant ou encore lui expliquer ce qu’elle devrait ressentir ou faire ou ne pas faire de son corps.

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